Pourquoi Bucarest a été surnommée le «Petit Paris»… ?

Un point de vue c’est le côté humain et l’autre l’architecture (à lire l’article dédié à l’architecture).

Ces deux points de vue s’entrecroisent d’ailleurs, malgré la lutte parfois agressive entre les anciens et les modernes au début du 19 ème siècle. Après 1830, lorsque Bucarest était, tout comme la Valachie, domi­ née par les Russes. Le mode de vie «à l’européenne» s’est imposé en moins d’une génération, tant grâce aux jeu­ nes Valaques qui revenaient au pays après leurs études à Paris, Vienne, ou encore Berlin, qu’au grand nombre de ressortissants d’Europe centrale et occidentale venus s’installer à Buca­ rest au cours du 19 ème siècle, allant du personnel domestique aux diplo­ mates en passant par les professeurs ou les riches hommes d’affaires. Un groupe non négligeable d’intellectuels français a contribué dans une large mesure au dynamisme de la société bucarestoise, parmi lesquels Frédéric Dammé ou Ulysse de Marsillac, fonda­ teur de plusieurs journaux en français. A cette époque, la ville opère une pro­ fonde mutation urbanistique, tandis que les habitudes vestimentaires, so­ ciales et quotidiennes ressemblent de plus en plus à celles en usage à Paris.

La langue française, qui touche non seulement les élites, mais également les classes moyennes, est fréquem­ ment parlée dans la rue. De ce spec­ taculaire changement d’image et de mentalité, si difficilement compré­ hensible pour un Bulgare, un Serbe, un Albanais ou un Croate, autres composants de cette péninsule balka­nique toujours sous influence turque, provient indiscutablement le surnom de «Petit Paris».

Bucarest était déjà proche de l’Europe à travers le modèle français. L’appellation s’impose au tournant du 20ème siècle. Bucarest se distingue alors considérablement des autres capitales balkaniques, comme Sofia, Athènes ou Belgrade, par l’élégance, la délicatesse et l’impétuosité de son élan vers le modèle parisien, souvent imité. Pour les habitants de l’époque, le surnom avait toutefois une valeur relative, les dif­férences sociales et culturelles entre le centre de la ville, européanisé, et les faubourgs, encore largement sous influence orientale et balkanique, étant frappantes. Le centre-ville était d’ailleurs idéalement perçu comme une chance de développement pour ces périphéries insalubres, qui n’ont timidement évolué qu’à partir des an­ nées 30. «Le Petit Paris» a donc cons­ titué en soi une période de l’histoire de Bucarest. Les plus beaux et les plus remarquables de ses héritages peu­ vent toujours être admirés au cœur de la ville: hôtels particuliers, maga­sins, palais, édifices publics, la plu­part d’entre eux ayant été conçus par des… Français, tels Cassian-Bernard, Galleron, Villacrosse ou Gottereau.

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