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Tintin et Milou en Roumanie

 

Qui ne connaît pas le sympathique reporter et son chien Milou ?

Tintin c’est 24 albums, édités en 172.000.000 exemplaires et traduits en 45 langues. Tintin est aussi un symbole de la fierté nationale belge car son auteur, Georges Rémi (1907-1983), mieux connu sous son pseudonyme Hergé, est considéré comme le fondateur de la bande dessinée moderne en Europe.

Tintin fût crée en 1929 et Hergé lui a fait traverser dans ses aventures, des dizaines de pays réel ou imaginaires.

Dans trois albums, « Le sceptre d’Ottokar », « Objectif Lune » et « L’affaire Tournesol », les chemins de Tintin l’emmènent dans un pays imaginaire, la Syldavie, dont la géographie, l’histoire, la population avec ses habitudes et ses moeurs, sont décrits en détail par le grand dessinateur à tel point que bien de tintinologues se sont demandés quel pays réel l’a inspiré.

La Syldavie c’est … la Roumanie.

Donnons la parole à Dodo NITA, roumain de Craïova, membre d’honneur de l’Association Internationale « Les amis de Hergé ».

Il y a cinq arguments pour étayer cette affirmation :

  • l’argument toponymique : La Roumanie est composée de plusieurs provinces historique dont la Transylvanie et la Moldavie, d’ailleurs celles qui sont encore de nos jours le plus facilement et fréquemment évoquées par un belge… essayez une fois ! Si l’on extrait les syllabes «syl» et «davie» de ces deux noms cela donne Syldavie. Puis, les montagnes de la Syldavie sont les «Zmyhlpates» : mille-pattes. Regardez la carte du relief de la Roumanie : la chaîne des Carpates avec ses petites ramifications autours du tronc principal sont comme les pattes d’un myriapode. Hergé a pu visiter l’important stand de la Roumanie à l’Exposition Internationale de Paris en 1938, stand où il a certainement vu la carte du pays mais aussi d’autres éléments qui reviennent dans ses histoires;


  • l’argument ornithologique : La Syldavie est «le Royaume du Pélican Noir». Si les pélicans noirs n’existent pas encore, le seul pays d’Europe où des pélicans vivent à l’état sauvage, c’est en Roumanie dans le Delta du Danube, région bien représentée dans le même stand de Paris;
  • l’argument historique : Dans «Le sceptre d’Ottokar», Tintin déjoue les plans d’une organisation d’extrême droite, la «Garde d’Acier». En effet, l’année 1938 est l’année de pointe dans la montée d’une organisation de droite en Roumanie, «la Garde de Fer». Dans le même volume un parti d’extrême gauche, le «Zildav Zentral Revolutionär Komitzät» a pour but la chute de la monarchie de Syldavie et le rattachement du pays à la Bordurie, pays voisin situé à l’Est dirigé d’une main forte par le maréchal Plekszy-Gladz, dont la moustache et le culte de la personnalité ne manquent de rappeler la personne de Staline.

Le prince Alexandru Ion Cuza semble avoir servi de modèle au jeune roi de Syldavie Muskar XII

dessin Hergé (c)casterman

  • C’est ce qui s’est passé en Roumanie: suite au pacte Ribbentrop-Molotov, entre l’Allemagne nazie et les Soviets, la Roumanie se voit imposer un ultimatum soviétique aux termes duquel elle doit céder en quelque jours la Bessarabie (env.2/3 du territoire de la province historique roumaine de Moldavie). Quelques années après la guerre, en Roumanie, abandonnée à Yalta à l’influence russe par ses alliés occidentaux traditionnels, le roi Michel I doit abdiquer. Est ce n’est pas une coïncidence que les membres du Komitzät , citoyens de la Bordurie, le pays voisin de l’est, ont tous des noms russes.
  • le témoignage du capitaine Haddock : comme tout marin il utilise un vocabulaire pittoresque et coloré. C’est lui à qui Hergé laisse la tache de lever le voile sur l’identité réelle de la Syldavie lorsque celui-ci s’adresse aux membres de la police secrète bordure (la Russie était connue pour sa police secrète) avec «bougre de Papous des Carpates», «crétin des Balkans», « Bachi-bouzouks des Carpates»…
  • l’argument géographique  : voici la description que Hergé fait de la Syldavie, avec nos commentaires en italiques.
    La Syldavie est un petit pays d’Europe orientale qui se compose de deux grandes vallées, celles du fleuve Wladir (le Danube est le seul fleuve de la région et son parcours en Roumanie le plus long de tous les pays qu’il traverse) et de son affluent le Moltus (le Prout qui dessine la frontière avec la Bordurie-Russie), lesquels se joignent à Klow , la capitale (122.000 habitants). En effet , là où le Prout se jette dans le Danube il y a une ville, Galati, qui avat à l’époque où Hergé écrivait son histoire, un nombre d’habitants similaire Ces vallées sont bordées de larges plateaux couverts de forêts, et sont entourées de hautes montagnes neigeuses. Les plaines syldaves sont fertiles en blé et couvertes de grasses prairies d’élevage. En effet la vallée du Prout, tout comme celle du Danube en Roumanie, passe par une région de plaines cultivées et de collines qui font le passage plus loin , vers les versants des Carpates.

De nombreuses sources thermales et sulfureuses jaillissent du sol, et principalement à Klow (affections cardiaques) et à Kragonedin (rhumatisme). Eh oui, la Roumanie était connue aussi par Hergé, pour ses stations thermales, comme des milliers de belges qui y suivent des cures de nos jours… 33% des sources d’eau minérale d’Europe se trouvent dans ce pays, ce qui explique cette réputation, avec ses 140 stations balnéaires dont on vous parlera dans les stands de la Roumanie à toutes les expositions de tourisme et autres. Ce qui a été sûrement le cas lorsque Hergé a visité en 1938, le stand roumain à l’exposition Internationale de Paris.

(on ne peut pas citer la source de cet article parce qu'il est présent sur de nombreux site, mais on en remercie à l'auteur)

     
 
encore un article intéressant sur Tintin et Milou !
 

Rédaction : Une des dernières initiatives émanant de Belgique est la sortie en Roumanie de premiers albums de Tintin et Milou : en êtes vous content et pourquoi ?

Monsieur Daniel SOTIAUX : Tout d’abord il convient de rappeler que l’initiative d’éditer les albums de Tintin en langue roumaine revient à un éditeur, M Szakvary des Editions M.M. Europe. Il est bien évident que, en tant que représentant en Roumanie du Gouvernement de la Communauté française Wallonie-Bruxelles (= soit le Gouvernement des francophones de Belgique dans la Belgique fédéralisée), je ne puis qu’être heureux de cette initiative d’autant que les albums publiés sont de grande qualité.

Rédaction : En quoi Tintin représente t-il la « belgitude », est-il universel et Bruxellois ? qu’est ce qui le caractérise ?

Monsieur Daniel SOTIAUX : Je crois fermement que l’œuvre d’Hergé est exemplaire en ce sens qu’elle permet de nombreux niveaux de lecture. Pour un Bruxellois, les albums sont riches de références très régionales au niveau de la langue notamment. Mais ce localisme n’empêche pas loin s’en faut que ces ouvrages procurent du plaisir aux publics non versés dans la culture bruxelloise. Mieux même ces publics ne se rendent même pas compte que ces différents nivaux de lecture sont superposés.
A bien y réfléchir je me demande s’il existe une autre œuvre que celle d’Hergé qui soit aussi universelle (les signes « inventés » par Hergé, comme sa célèbre fusée qui emportera ses héros sur la lune sont « lisibles » sur tout les continents) tout en étant en même temps aussi locale. On touche là l’essence de l’art : créer sens pour le monde au départ de d’expériences singulières et originales.

Rédaction : la Communauté Française de Belgique peut-elle se présenter avantageusement aux roumains avec ce héros modeste et toujours triomphant ?

Monsieur Daniel SOTIAUX : Il ne s’agit évidemment pas d’utiliser Tintin et la bande dessinée pour promouvoir des institutions. Comme il y a plusieurs niveaux de lecture dans les albums, il y aura forcément plusieurs types de public. Pour certains le lien entre Tintin et la Belgique ne sera jamais connu. Pour d’autres une certaine reconnaissance se fera. Ce qui est essentiel c’est faire connaître une œuvre de qualité qui fait partie du patrimoine universel. Il était dès lors impossible que cette œuvre ne soit pas connue et publiée en Roumanie. C’est fait aujourd’hui : l’œuvre traduite est disponible et va vivre d’une certaine façon de « Nouvelles aventures », car l’art n’appartient pas. Ou plutôt il appartient à tous ceux qui l’appréhendent. 

Rédaction : Vous êtes un expert de Tintin : y a t-il des liens entre Hergé, les aventures de Tintin et la Roumanie ?

Monsieur Daniel SOTIAUX : Dodo Nità, Président de l’Association des bédéphiles de Roumanie, un homme qui œuvre inlassablement à la promotion de la BD de qualité et qui a créé et anime le Salon de la Bande dessinée en Roumanie (16 ième édition en 2006), grand spécialiste de Tintin a écrit un très intéressant ouvrage qui suit les pistes de Tintin en Roumanie. Pour lui il n’y a aucun doute : Hergé connaissait la Roumanie et s’en est inspirée pour situer quelques unes des aventures de son héros. Ainsi, pour Dodo Nità, les noms des Etats qui se disputent territoires et suprématie régionale, la Bordurie et la Syldavie, seraient directement influencés des noms authentiques comme celui de la Transylvanie. La démonstration d Dodo Nità est très convaincante, mais il faut aussi reconnaître que si des traces peuvent être trouvées il n’y a pas d’album spécifiquement dédié à la Roumanie nommée en tant que telle. C’est d’ailleurs une des caractéristiques de l’évolution de l’œuvre d’Hergé. Au départ il situe les aventures de son reporter dans des pays très identifiés (Russie, Congo, Amérique, Chine). Puis le lieu des aventures est déterritorialisé : le fond des mers, la lune, des pays imaginaires comme la Bordurie et la Syldavie. Le dernier grand album de Tintin « Tintin et les bijoux de la Castafiore » (j’aime moins, « Vol 647 pour Sydney » - encore pourrait-on dire avec l’introduction de la SF et des extraterrestres que cet album est en quelque sorte « hors du monde »- et « Tintin et les Picaros ») quant à lui pousse le plus loin possible la neutralité du lieu de l’aventure puisque elle se déroule à Moulinsart même, dans le château qu’habite Tintin.
Et, dernier clin d’œil, le dernier album, l’inachevé « Alph’art » aurait dû se dérouler dans le monde de l’art.

(la source : www.francophonie-roumanie-2006.info / Monsieur Daniel Sotiaux fait partie de la Délégation Wallonie-Bruxelles)

 

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